( AFP / RICHARD A. BROOKS )
L'inflation au Japon a accéléré en mars, poussée par les prix alimentaires tandis que ceux de l'énergie refluaient sur fond de subventions, mais les effets de la guerre au Moyen-Orient devraient être scrutés la semaine prochaine par la banque centrale nippone.
Les prix à la consommation dans l'archipel (hors produits frais) ont augmenté le mois dernier de 1,8% sur un an, selon des chiffres officiels publiés vendredi, davantage qu'attendu (+1,7%) par les analystes sondés par Bloomberg.
L'inflation était tombée à 1,6% en février, son plus bas niveau depuis 2022, bénéficiant d'une suppression de la taxe sur les carburants instaurée en décembre et accompagnée de subventions énergétiques dans le cadre d'un plan de relance.
Un dispositif qui porte encore ses fruits: les prix de l'énergie ont chuté de 5,7% sur un an en mars, ceux de l'essence dégringolant de 5,4%. Mais cette baisse ralentit nettement par rapport au mois précédent.
Et le pays n'est pas immunisé contre la flambée des cours du pétrole brut sur les marchés mondiaux suite au conflit au Moyen-Orient débuté fin février.
"Le plafonnement (mis en place par le gouvernement) n'a pas empêché les prix des produits pétroliers d'augmenter de presque 9% en glissement mensuel" par rapport à février, observe Abhijit Surya, de Capital Economics.
"La hausse des prix du pétrole alimente la première vague d'inflation résultant des tensions sur l'approvisionnement en brut. La faiblesse du yen fait grimper les prix des biens, y compris ceux des biens d'équipement des ménages, reflétant la hausse des coûts d'importation", abonde Taro Kimura, de Bloomberg Economics.
De fait, les prix des produits alimentaires (autres que produits frais) ont encore grimpé de 5,2% sur un an en mars, après une hausse de 5,7% en février.
En excluant à la fois produits frais et énergie, l'inflation s'élève à 2,4% (contre 2,5% en février), très au-delà de la barre des 2% fixée par la Banque du Japon (BoJ).
- "Forte incertitude" -
La BoJ avait prédit fin mars que "le rythme de progression (de l'inflation) devrait être tiré à la hausse, subissant l'impact de la récente augmentation des cours du pétrole brut". Le Japon dépend du Moyen-Orient pour environ 95% de ses importations de pétrole.
L'archipel, longtemps guetté par la déflation, est confronté depuis le printemps 2022 à une hausse soutenue des prix à la consommation au-delà de 2%. Pour l'endiguer, la BoJ avait entamé en mars 2024 un resserrement de ses taux, longtemps restés nuls ou négatifs.
Elle a relevé mi-décembre son taux directeur au plus haut niveau depuis 1995, à 0,75%. Sa prochaine décision, la semaine prochaine, sera scrutée dans le contexte du conflit entre l'Iran et les Etats-Unis.
Pour autant, "alors que les pressions sur les prix sous-jacents semblent plutôt fermes, nous pensons que la BoJ maintiendra le statu quo: après tout, elle a pour habitude de réagir aux périodes de forte incertitude en laissant ses paramètres de politique monétaire inchangés", prévient Abhijit Surya.
Selon lui, l'institution émettra plutôt "des signaux de fermeté, en relevant ses prévisions pour l'inflation".
"La BoJ ne relâchera pas sa vigilance, s'attachant principalement à empêcher que l'inflation d'origine pétrolière ne tire à la hausse les anticipations d'inflation à moyen et long terme, déjà poussées par la solide croissance des salaires", confirme Taro Kimura, misant sur une hausse des taux en juin à 1%, soit au plus haut niveau depuis 1995.
Les analystes avaient initialement anticipé une hausse de taux dès avril, avant de revoir leurs prévisions suite à un discours du gouverneur Kazuo Ueda.
"Les arguments en faveur d'un statu quo en avril sont limpides: l'incertitude qui a incité la BoJ à marquer une pause n'est pas dissipée (...) Même si les hostilités cessaient immédiatement et que le détroit rouvrait totalement, les répercussions économiques commencent tout juste à se refléter dans les statistiques", prévient Stefan Angrick, économiste de Moody’s Analytics.
"Plus fondamentalement, le contexte global n'offre aucune option politique aisée. Le conflit au Moyen-Orient constitue un choc stagflationniste, alimentant l'inflation tout en freinant la croissance du PIB réel", poursuit-il.
"Dans cet environnement, un resserrement monétaire pourrait certes soutenir le yen et contenir l'inflation, mais il pénaliserait les PME dépendantes du crédit et les jeunes ménages détenteurs de prêts immobiliers", observe M. Angrick, tablant sur un relèvement en juin.
0 commentaire
Vous devez être membre pour ajouter un commentaire.
Vous êtes déjà membre ? Connectez-vous
Pas encore membre ? Devenez membre gratuitement
Signaler le commentaire
Fermer